jeudi 2 mai 2013

Jeudi : La beauté est dans l'oeil de celui qui regarde : laver, au laboratoire


Jeudi : La beauté est dans l'oeil de celui qui regarde : laver, au laboratoire
Dans un laboratoire de physico-chimie, il y a des tâches dont beaucoup voudraient se passer. Laver la verrerie souillée, par exemple. Oui, on sait que ce lavage détermine les résultats, notamment avec les appareils d'analyse modernes, qui détectent la moindre trace de doigt, un cheveu, une poussière, mais souvent, on se dit que l'on perd du temps à laver... sans comprendre que, au contraire, on gagne du temps, car les résultats ne seront pas à refaire.
Pis encore, on a souvent l'impression que les validations, les contrôles, sont inutilement longs... mais quiconque ne sera pas tombé dans le panneau d'un thermomètre (ou thermocouple) faux ne saura pas combien il vaut mieux être prudent. Oui, c'est long d'aller chercher de la glace, de faire bouillir de l'eau, afin de contrôler d'abord l'appareil : cela prend environ une demi heures (voir mon livre « La Sagesse du chimiste », aux éditions Jean Claude Béhar) ! Toutefois, il vaut mieux avoir contrôlé, et être sûr : on dort mieux la nuit, avec le sentiment du travail expérimental bien fait.
Mon collègue Douglas Rutledge dit justement que « donnée mal acquise ne profite à personne ».
Bref, il faut laver, et bien laver. Comment faire pour que la beauté de cette tâche apparemment fastidieuse apparaisse clairement ? Je propose que nous vivions physico-chimiste, et que nous cherchions à abstraire un peu la situation : nous avons une verrerie... et c'est donc du verre, avec une structure chimique particulière, qui contient du silicium, des groupes hydroxyles... qui se lient de façon chimiquement spécifique aux souillures. De quelle nature sont ces souillures ? Comment sont-elles susceptibles de se lier chimiquement au verre ?
Ainsi, le travail manuel idiot du lavage devient un travail intellectuel passionnant, une sorte de petit casse tête, qui satisfait à la règle selon laquelle tout ce qui mérite d'être fait doit être bien fait.
Et puis, il faut se dire que c'est cela, la science expérimentale : faire des expériences, les faire bien. Et c'est ainsi que la physico-chimie est belle !