On dit que les carottes coupées en biseau n'ont pas le même goût que quand elles sont coupées en rondelles bien cylindriques.
Cela est certain, car le « goût » est une sensation synthétique qui inclut la saveur, la couleur, l'odeur, la consistance, la température... En bouche, donc, on reconnaîtra certainement des carottes coupées en biseau et des carottes coupées perpendiculairement à l'axe.
Je sais que cette analyse est une finasserie, et que cela n'est pas ce que mes amis auraient voulu que je dise : ils auraient voulu que je discute la question du goût, au sens de la saveur et de l'odeur.
J'interprète donc maintenant en disant que couper un tissu végétal, c'est rompre des cellules et libérer leur contenu. De sorte que couper en biseau a sans doute un effet, à savoir d'augmenter le nombre de cellules coupées. Or comme couper un tissu végétal déclenche des réaction enzymatiques qui ne sont pas favorables au goût, on aurait plutôt intérêt à couper perpendiculairement à l'axe.
Mais en matière de goût, il n'y a pas de bon ou de mauvais ; il y a seulement du « j'aime » ou du « je n'aime pas ».
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dimanche 9 octobre 2016
samedi 4 avril 2015
Des protéines dans la purée
Comment introduire des protéines dans une purée ? La réponse est sur http://www.agroparistech.fr/Comment-introduire-des-proteines.html
Vient de paraître aux Editions de la Nuée Bleue : Le terroir à toutes les sauces (un traité de la jovialité sous forme de roman, agrémenté de recettes de cuisine et de réflexions sur ce bonheur que nous construit la cuisine)
Vient de paraître aux Editions de la Nuée Bleue : Le terroir à toutes les sauces (un traité de la jovialité sous forme de roman, agrémenté de recettes de cuisine et de réflexions sur ce bonheur que nous construit la cuisine)
Libellés :
carotte,
gastronomie moléculaire,
Hervé This,
purée
dimanche 13 juillet 2014
Cuisons des carottes... au premier ordre, et sans équation.
Comment s'y prendre pour décrire la cuisine ? Cette dernière est si variée qu'il nous faut un ordre. Et, évidemment, il vaut mieux commencer par ce qui est le plus "iimportant".
Pour
savoir quels ingrédients culinaires sont les plus populaires (oui, je me mets évidemment dans le peuple !), il
suffit d'aller dans un endroit populaire, tel un supermarché.
Dirigeons-nous vers le rayon des fruits et légumes, puisqu'il s'en
trouve toujours un (d'ailleurs, ces rayons s'imposent de plus en
plus, comme ceux de la boucherie, de la poissonnerie et de la
boulangerie), et observons. A toutes les époques de l'année, on y
trouve des carottes, de pommes de terre, des navets, des choux, des
oignons, de l'ail, des citrons, des bananes, des pommes, des oranges,
des avocats, des kiwis, des salades, du persil. Je ne cherche pas à
juger si la présence de ces ingrédients est ou non légitime ;
je ne cherche pas à connaître les raisons éventuellement
capitalistiques de la présence de ces ingrédients, mais
l'observation précédente conduit à penser que la cuisine française
part principalement de ces ingrédients (en supposant que les plats
préparés ne l'emportent pas aujourd'hui).
Le
plus utilisé de tous ces ingrédients ? C'est ans doute le moins cher :
la pomme de terre. Mais vient bientôt la carotte. Nous avons déjà
considéré la cuisson de la frite, et nous pourrons examiner, dans
un autre billet, la cuisson de l'oignon, qui a un statut un peu
particulier, mais, dans l'ordre, nous devons considérer la cuisson
des carottes.
Signalons
d'abord que les carottes, qui sont des racines, dans la terre, sont
sans cesse menacées par des animaux, gros ou petits, qui veulent les
manger. Les carottes se sont donc protégées par une peau, qui peut
être dure, difficilement attaquable, ou qui contient des composés
toxiques pour les agresseurs. C'est ainsi que nombre de produits
végétaux contiennent à leur surface des pesticides parfaitement
naturels... et pas sélectifs : pas dirigés seulement contre
les agresseurs non humains, mais contre tous ! Voilà pourquoi
nous aurons bien raison de ratisser les carottes et d'éliminer la
couche superficielle possiblement toxique.
Reste
maintenant que la carotte peut être dure, ce qui a conduit
l'humanité à la cuire, notamment en vue de l'attendrir. A ceux qui
croient naïvement qu'il y eut un âge d'or de l'alimentation avant
nous, on rappellera quand même que la grande difficulté de
l'humanité, à part les famines, était de ne plus avoir de dents,
de sorte que la cuisson qui attendrissait les légumes durs était un
véritable atout. Cela se mesure, et ce n'est pas un discours
poétique.
Et
c'est un fait que la cuisson attendrit les carottes. Pourquoi ?
Les
carottes sont faits de petits sacs jointifs, les cellules végétales,
cimentées par la paroi végétale, qui est faite essentiellement de
celluloses, d'hémicelluloses et de pectines. La cellulose, c'est une
matière dont les molécules sont très inertes chimiquement aux
températures de la cuisine. La preuve, c'est que notre tee shirt en
coton, fait de cellulose, ne se dissout pas dans les machines à
laver (l'eau y est si chaude qu'on peut cuire un œuf, de la viande,
du poisson...), même après de nombreux lavages.
Autrement dit, si
la cuisson attendrit les carottes, ce n'est sans doute pas la
cellulose qui est en cause, et, d'ailleurs, ce n'est pas elle qui est
en causse, mais plutôt les pectines, sortes de fils enroulés autour
des molécules de cellulose. Quand on cuit des végétaux,
notamment des carottes, les pectines sont dégradées par une
réaction nommée élimination bêta : les molécules de pectine
sont coupées en petits morceaux, ce qui libère dans le liquide de
cuisson un sucre nommé « acide galacturonique ».
Cela,
c'est au premier ordre seulement, car les pectines sont faites de
bien d'autres sucres que l'acide galacturonique : rhamnose,
glucose, etc. Mais au premier ordre, les pectines sont des
enchaînements de fragments analogues à l'acide galacturonique (on
dit des résidus d'acide galacturonique), et, en tous cas, il y a
beaucoup d'acide galacturonique libérés par l'élimination bêta.
Et c'est ainsi que les cellules de carotte, désolidarisées en raison de la dégradation partielle des pectines, se
séparent les unes des autres, formant une purée molle, le ciment
entre les briques étant dégradé. Même avec de mauvaises dents, on
peut alors bénéficier ce tous les composés (nutriments) présents
dans les sucres.
La cuisson, acte parfaitement artificiel, a donc
transformé la carotte crue immangeable par nos ancêtres en purée
de carotte consommable même quand nous sommes âgés. Il y a eu une
transformation molécules, des « réactions chimiques »,
et le cuisinier, sans en connaître l'explication moléculaire, a
opéré une telle transformation, pour notre plus grand bonheur
nutritif.
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carotte,
cuisson,
gastronomie moléculaire
samedi 8 mars 2014
Les bouillons de carotte
Cette fois, je voudrais évoquer la confection d'un bouillon de carottes.
Un bouillon de carotte semble un peu simplet ? Je maintiens qu'aucune préparation culinaire n'est à exclure, si la technique, l'art, la science du lien social ont été bien employés. Pour un simple bouillon de carottes, comme pour toutes les autres préparations, il peut y avoir le pire et le meilleur.
Le pire, c'est le résultat que l'on obtient ainsi : on prend une casserole, on met de l'eau, et l'on ajoute des rondelles de carottes (le pire du pire, ce serait si les carottes n'avaient même pas été lavées ni épuchées, mais je nous envisagerons quand même pas cette possibilité). Puis on cuit...
Comment faire mieux ?
Les travaux effectués dans les séminaires de gastronomie moléculaire ont montré que l'empirisme culinaire a identifié une saine pratique, quand il a préconisé de faire d'abord revenir des rondelles de carottes dans un peu de matière grasse, de les faire « suer ». À quoi bon ?
Lors de cette cuisson préalable, les carottes libèrent sans doute une partie de leurs sucres, à savoir glucose, fructose, saccharose. Comme la température est élevée, puisque se suage se fait en l'absence d'eau, ces sucres caramélisent sans doute un peu. D'où peut-être le changement de couleur observé.
D'autre part, mettant notre nez au-dessus la casserole, nous sentons une odeur, preuve que des composés odorants sont libérés. Or puisque nous cuisons dans la matière grasse, ces composés odorant peuvent s'y dissoudre. D'ailleurs, s'il vous goûtez le beurre où les carottes ont été suées, vous verrez un goût puissant.
A ce stade, on ajoute de l'eau, et cette matière grasse s'émulsionne. Elle s'émulsionne de façon invisible, certes, mais elle s'émulsionne, et vous verrez, en buvant le bouillon de carotte, que ce dernier a beaucoup de longueur en bouche. Pas étonnant : il y avait tous les composés odorants dans la matière grasse émulsionné, et qui, au cours de la dégustation, viennent stimuler les récepteurs sensoriels.
Un bouillon de carotte semble un peu simplet ? Je maintiens qu'aucune préparation culinaire n'est à exclure, si la technique, l'art, la science du lien social ont été bien employés. Pour un simple bouillon de carottes, comme pour toutes les autres préparations, il peut y avoir le pire et le meilleur.
Le pire, c'est le résultat que l'on obtient ainsi : on prend une casserole, on met de l'eau, et l'on ajoute des rondelles de carottes (le pire du pire, ce serait si les carottes n'avaient même pas été lavées ni épuchées, mais je nous envisagerons quand même pas cette possibilité). Puis on cuit...
Comment faire mieux ?
Les travaux effectués dans les séminaires de gastronomie moléculaire ont montré que l'empirisme culinaire a identifié une saine pratique, quand il a préconisé de faire d'abord revenir des rondelles de carottes dans un peu de matière grasse, de les faire « suer ». À quoi bon ?
Lors de cette cuisson préalable, les carottes libèrent sans doute une partie de leurs sucres, à savoir glucose, fructose, saccharose. Comme la température est élevée, puisque se suage se fait en l'absence d'eau, ces sucres caramélisent sans doute un peu. D'où peut-être le changement de couleur observé.
D'autre part, mettant notre nez au-dessus la casserole, nous sentons une odeur, preuve que des composés odorants sont libérés. Or puisque nous cuisons dans la matière grasse, ces composés odorant peuvent s'y dissoudre. D'ailleurs, s'il vous goûtez le beurre où les carottes ont été suées, vous verrez un goût puissant.
A ce stade, on ajoute de l'eau, et cette matière grasse s'émulsionne. Elle s'émulsionne de façon invisible, certes, mais elle s'émulsionne, et vous verrez, en buvant le bouillon de carotte, que ce dernier a beaucoup de longueur en bouche. Pas étonnant : il y avait tous les composés odorants dans la matière grasse émulsionné, et qui, au cours de la dégustation, viennent stimuler les récepteurs sensoriels.
Vient de paraître aux Editions de la Nuée Bleue : Le terroir à toutes les sauces
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