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dimanche 10 juillet 2016

Ni dieu ni maître

On observera d'abord que le mot « dieu » ne comporte pas ici de majuscule. La phrase n'est donc pas blasphématoire, car le dieu auquel il est fait référence n'est pas le Dieu que vénèrent certains. D’ailleurs, le mot « maître » aussi ne comporte pas de majuscule, ce qui est normal, car « maître » est un nom commun. Ce qui me permet de signaler en passant que je ne suis pas certain d'aimer les associations intitulées « disciples de », pour lesquelles il y aurait un maître avec une majuscule.
On aura compris évidemment que, puisque mon esprit me porte à l'admiration plutôt qu'au dénigrement, j'ai justement beaucoup d'admiration pour certaines personnes qui le méritent. En revanche, c'est l’argument d’autorité qui me déplaît, le prestige que l'on attribue à un titre, seulement pour le titre. On sait bien combien il est facile d'obtenir un hochet de la vanité : quelques relations et le tour est joué. C'est une indécence que nous devons combattre, mais dont nous devons tenir compte, de sorte qu'avant admirer, il faut bien questionner la possibilité  de le faire. Un président ? Le mot président étant un mot commun, je ne lui mets pas de majuscule. Un directeur ? Même analyse. Un maître ? Je voudrais qu'on m'en montre, mais, surtout, si je suis prêt à accorder le titre de maître à un extraordinaire chef d'orchestre, ou à un notaire, par exemple, il n'y a pas toujours lieu d'y mettre une majuscule, car le mot s'impose alors par convention.
La possibilité d'un vrai maître ? Là, il y a à la fois la question de l'autorité et la question de l'entraînement par l'enthousiasme, la transmission de valeurs. On aura compris que je distingue celui qui se pare de son titre pour en imposer, et, là, je refuser absolument cette influence ; et ceux qui, par un soin personnel, par une application constante, par une efficacité née d'une longue expérience, d'une longue pratique, parviennent à aider les autres, parviennent à leur montrer des beautés que les autres ne voyaient pas, donnent du courage, de l'envie, de l'énergie, de l'enthousiasme, permettent aux autres de se lancer dans des travaux dont ils ne sentaient pas capables. Je ne pense pas que ceux-là d'ailleurs aient besoin d'un titre, car ils sont dans l'action et non dans la satisfaction béate.
Dans la mesure où nous sommes ce que nous faisons, notre intéret est l'application dans les travaux, et non un titre supplémentaire. Ailleurs il faudra discuter cette phrase selon laquelle la vertu est sa propre récompense.

Mais ici, il faut revenir à « ni dieu ni maître ». A ce stade, je n'ai pas encore reconnu (je ne l'ai pas caché, non plus) que cette devise était celle des anarchistes. Je le déplore un peu (non pas de ne pas avoir reconnu que cette devise est celle des anarchistes, mais plutôt que les anarchistes aient pris cette phrase pour devise), mais je n'y peux rien. L'idée, en oubliant les anarchistes, est intéressante, et c'est la raison pour laquelle je l'ai mise à mon mur. Il s'agit de reconnaître que nous devons refuser les arguments d'autorité… parce que c'est précisément ce que Galilée enjoignait de faire quand il fonda les sciences de la nature moderne : « préférer l'expérience à n'importe quel raisonnement », n'importe quelle autorité, fut-elle celle de l’Église. Si le monde se comporte d'une certaine façon quantitative, aucune autorité ne peut faire que le monde ne se comporte pas ainsi. Ce n'est pas l'autorité qu'il faut suivre, mais le comportement de la nature que nous devons mesurer, par nos expérimentations. On voit donc  que cette phrase n'a rien à voir avec l'anarchie, au contraire c'est une obéissance parfait à la méthode des sciences de la  nature. Nous devons apprendre à refuser l'autorité, afin de mieux découvrir les comportements du monde, et être ainsi en mesure d’identifier les mécanismes des phénomènes.

dimanche 15 mai 2016

Dieu vomit les tièdes.

On se souvient que des phrases sont affichées sur les murs de mon bureau, en très gros caractères. Certains visiteurs croient que ces mots sont écrits pour eux, mais ils se trompent : ces monitions sont pour moi, d'abord pour moi, car dans cette entreprise de la recherche scientifique, il faut que je n'oublie pas des idées importantes.



"Dieu vomit les tièdes" : ici, c'est une phrase de la Bible qui est face à moi. Évidemment, si elle figure ainsi, ce n'est pas pour des raisons religieuses, mais scientifiques. Or les sciences de la nature sont si belles que je ne peux même pas penser que je puisse être tiède (pour la science) et que je doive être encouragé. Ne me complaisant  jamais dans une tiédeur trop confortable, trop paresseuse, je ne vois vraiment plus pourquoi j'ai cette phrase en face de moi. Une idée ?

















Vient de paraître aux Editions de la Nuée Bleue : Le terroir à toutes les sauces (un traité de la jovialité sous forme de roman, agrémenté de recettes de cuisine et de réflexions sur ce bonheur que nous construit la cuisine)